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20/07/84
Alors que la distribution du Livre d’Urantia dépasse désormais largement les cent mille exemplaires, seul un pourcentage relativement faible des livres publiés y parvient. L’augmentation du nombre de lecteurs du christianisme traditionnel accélère le moment où le Livre d’Urantia sera soumis à une analyse et une critique érudites. Je suppose que beaucoup d’étudiants du Livre d’Urantia sont mal préparés à une telle évaluation.
Le mois dernier, j’ai reçu un exemplaire de 715 pages de la thèse de doctorat du Dr Jacques Rheaume, rédigée pour les exigences du diplôme à l’Université d’Ottawa et intitulée « Analyse d’un Texte Révélé : Le Livre d’Urantia ». Le manuscrit est écrit en français : « Analyse d’un Texte Révélé : Le Livre d’Urantia ». L’analyse critique du Dr Rheaume n’est que la première d’une longue série d’études empiriques évaluant Le Livre d’Urantia.
Cette longue thèse aborde Le Livre d’Urantia sous l’angle de l’analyse linguistique, discipline devenue très populaire en sciences sociales ces dernières années. Elle est composée en grande partie de documents descriptifs relatant des détails évidents du livre, familiers à quiconque connaît son contenu. Les sections les plus intéressantes de l’analyse sont celles qui examinent les paraboles et les miracles en les comparant aux données bibliques et en identifiant les différentes catégories de connaissances présentes dans le livre, telles que bibliques, scientifiques, philosophiques, théologiques, historiques, etc. Le Dr Rhéaume identifie vingt-deux de ces catégories.
Bien que le manuscrit se présente comme une étude objective et scientifique, même les sections descriptives regorgent de remarques subjectives et dégradantes. Quelques citations illustrent le parti pris évident de Rhéaume : « L’auteur ressent le besoin de dire tout ce qu’il sait sur la science. » (p. 89) « Une citation biblique justifie tout. » (p. 93) « C’est le jeu d’Urantia de nous faire croire à beaucoup de science par la simple énumération d’une multitude de noms propres. » (p. 152) « L’auteur se met alors à classer, comme il le fait si souvent lorsqu’il se sent incapable d’argumenter ou d’utiliser ses sources. » (p. 158) « L’auteur ne veut pas de miracles, mais comme il y en a dans les Évangiles, il doit utiliser sa cosmologie pour les expliquer. » (p. 205) « L’auteur veut impressionner par les détails et son érudition. » (p. 293) « Il se limite à quelques noms et quelques clichés. » (p. 293)
Même dans les sections évaluatives de sa thèse, Rhéaume manque fréquemment d’objectivité philosophique et de discernement intellectuel, comme le révèlent les affirmations suivantes : « Si (l’origine) est révélée, Le Livre d’Urantia disparaît dans la multitude de livres ordinaires dont l’impact n’est plus notable. » (p. 587) « Nous devons conclure qu’à long terme, le contenu novateur du récit n’apporte aucune vérité nouvelle au lecteur qui évalue le texte. » (p. 608) À ces remarques subjectives et sans discernement s’ajoutent quelques erreurs factuelles dans l’article, qui contribuent encore davantage aux connotations désobligeantes de l’étude. Bien qu’il y ait une part de vérité dans l’observation selon laquelle Le Livre d’Urantia est susceptible de plaire aux protestants américains, des affirmations comme celle-ci sont d’une validité douteuse : « L’auteur nous montre par ses déclarations qu’il est fier d’être américain. L’Amérique devient donc le lieu où Le Livre d’Urantia peut être le mieux apprécié. » (p. 365)
Heureusement, le Dr Rhéaume ne manque pas complètement d’objectivité scientifique et philosophique. En général, sa connaissance du Livre d’Urantia est exacte. Les affirmations suivantes illustrent parfaitement son objectivité philosophique : « Si un ouvrage qui tente d’unifier toutes les sciences et tous les détails historiques est une révélation, nous devons admettre que le Livre d’Urantia répond à ce critère. » (p. 521) « La cohérence du Livre d’Urantia est assurément remarquable. » (p. 522) « Le paradoxe est que le Livre d’Urantia devient plus acceptable si nous le considérons comme non révélé. » (p. 612) « La cosmologie d’Urantia pourrait être subjectivement acceptée comme correcte et hypothétiquement vraie tant qu’elle conduit ses lecteurs à la découverte de la “vérité religieuse” » (p. 615)
Le Dr Rheaume donne sa réaction personnelle finale au livre en disant : « Il semble qu’en tant que projet humain, Le Livre d’Urantia aurait été acceptable, mais en tant que « révélation » céleste, une foi très spéciale est nécessaire et l’analyste ne la possède pas. » (p. 627) En résumé, le Dr Rheaume arrive à trois conclusions fondamentales concernant Le Livre d’Urantia :
Pour comprendre le point de vue du Dr Rhéaume, il faut savoir que son comité d’études supérieures à l’Université d’Ottawa exigerait une approche objective et scientifique de son ouvrage. Ses origines religieuses se situent dans le catholicisme européen conservateur, bien loin de la montée du christianisme dans les églises protestantes des États-Unis.
Il faut non seulement comprendre que la recherche universitaire exige de l’objectivité, mais aussi qu’un religieux intellectuellement honnête et bien informé ne peut être fondamentaliste. Il peut être utile de revenir sur le cheminement de la théologie chrétienne traditionnelle concernant la révélation. L’Église primitive et l’Église du Moyen Âge considéraient la Bible comme une révélation, car elles croyaient que les livres qu’elle contenait étaient inspirés par l’Esprit de Dieu. Logiquement, en déduisirent-ils, si elle est inspirée par Dieu, elle est vraie – tout entière. Ainsi naquit la doctrine de l’inspiration littérale et de l’infaillibilité de la Bible.
Les érudits et les « libres penseurs » modernes ont documenté des erreurs et des divergences dans la Bible. Après des années de débats et de réflexion critique, les théologiens du christianisme traditionnel ont transcendé cette doctrine de l’« infaillibilité » et découvert non seulement que la Bible était tout aussi significative sans elle, mais que cette maturité intellectuelle ouvrait la voie à une nouvelle croissance spirituelle. Ils ont affirmé que la Bible « contient » la parole de Dieu, et non qu’elle « est » la parole de Dieu. L’érudition, la perspicacité spirituelle et la sagesse doivent déterminer ce qui est et ce qui n’est pas une vérité spirituelle dans son contenu. Elle constitue un guide fiable pour la foi et la pratique chrétiennes.
Les étudiants mûrs et intelligents du Livre d’Urantia devraient également abandonner toute doctrine de l’« infaillibilité » – espérons que la plupart n’ont jamais soutenu une telle opinion ! Le Livre d’Urantia comporte des erreurs ou des contradictions dans les références bibliques, les affirmations scientifiques et les références historiques, telles qu’elles ressortent des recherches actuelles. Je ne me suis jamais intéressé à ces contradictions, car elles sont secondaires par rapport à son véritable objectif : l’illumination spirituelle. Ce n’est pas avant tout un livre d’histoire ou de science ; c’est un livre de compréhension et de guidance spirituelles. Je considère Le Livre d’Urantia comme une révélation, au même titre que la Bible. Il offre une compréhension de la vérité et de la Réalité spirituelles de la plus haute qualité parmi tous les livres que je connais. Il présente la cosmologie spirituelle la plus significative disponible sur cette planète. Le meilleur de l’eschatologie chrétienne fait pâle figure en comparaison. Il contient la description la plus dynamique et la plus spirituellement édifiante de la vie et des enseignements de Jésus. Il intègre science, philosophie et religion plus efficacement que toute autre source philosophique, théologique ou religieuse. Il est validé par l’expérience plus complètement que toute autre conception religieuse que je connais. C’est là l’essentiel du Livre d’Urantia.
Tout comme la Bible a fait l’objet d’une étude scientifique objective, le Livre d’Urantia doit être analysé de manière critique s’il veut devenir une source fiable de guide spirituel pour l’humanité. Les erreurs ou contradictions factuelles ou logiques doivent être signalées et examinées. Les vérités philosophiques et spirituelles doivent être étudiées et évaluées. Il faut cependant comprendre qu’une telle étude objective ne peut ni prouver ni infirmer les réalités spirituelles. Elle ne peut déterminer ce qui est révélateur ou non. Une telle étude critique peut être un outil important pour aider l’individu et la société à évaluer et à juger ces vérités. Les érudits religieux partent généralement du principe que la réalité spirituelle ne contredit ni les faits scientifiques ni les aspects authentiques de l’expérience humaine.
D’un point de vue scientifique et empirique, le manuscrit du Dr Rhéaume présente de nombreuses faiblesses. Parmi celles-ci, je citerais les suivantes :
Presque tout étudiant critique en religion, après avoir lu Le Livre d’Urantia, teste d’abord l’hypothèse selon laquelle le Dr Sadler ou un groupe d’érudits en aurait été l’auteur. Il y a vingt-cinq ans, un groupe d’une douzaine de théologues a examiné cette hypothèse en profondeur. Nous sommes arrivés à la conclusion empirique qu’aucun être humain n’aurait pu l’écrire. Les connaissances de base requises sont tout simplement trop vastes pour être maîtrisées par une seule personne. Les intuitions spirituelles étaient d’un niveau trop élevé et s’étendaient sur un champ de connaissances trop vaste pour croire qu’une seule personne aurait pu l’écrire ; il n’existe aucun parallèle historique aussi vaste. La cohérence de ce livre, dans son ensemble et sa complexité, est étonnante et surpasse celle des meilleurs auteurs du passé et du présent. Malgré tout, si nous continuons à supposer que le Dr Sadler en soit l’auteur, nous devrions le reconnaître comme l’un des plus grands génies de tous les temps – ce que le Dr Rhéaume non seulement ne reconnaît pas, mais laisse entendre que l’auteur n’avait besoin que de compétences érudites tout à fait ordinaires pour produire ce livre.
L’analyse du Dr Rhéaume peut être classée parmi les nombreuses études réductionnistes, « rien d’autre », de la vérité spirituelle menées par le passé. Des exemples classiques sont David F. Strauss, Leben Jesus, 1835 et Ernest Renan, La Vie de Jésus, 1863. Ils tentent de démontrer que Jésus et ses enseignements étaient purement humains et que l’aspect surnaturel est un mythe créé par l’Église primitive. Albert Schweitzer a souligné dans The Quest for the Historical Jesus (1910) que toutes les tentatives d’interprétation de Jésus d’un point de vue purement humain ont échoué à rendre compte des faits de sa vie et de l’influence de ses enseignements et de sa personnalité dans l’histoire. Je suis convaincu que l’analyse de Rhéaume et celles qui lui ressembleront à l’avenir rencontreront le même jugement historique.
On peut juger aujourd’hui que Le Livre d’Urantia est révélateur. Mais cette évaluation est une décision personnelle et un acte de foi – après, espérons-le, une analyse intellectuelle et expérientielle approfondie. En pratique, peu importe qu’on qualifie Le Livre d’Urantia de révélation ou non – « une rose, sous un autre nom, sent bon ». Je conseille généralement aux personnes qui commencent à lire ce livre de ne pas le considérer comme une révélation. Lisez-le avec un esprit critique comme n’importe quel autre livre. Soit la vérité nous parle personnellement, soit elle ne nous parle pas. Bien plus tard, nous pourrons décider si nous pensons ou non que l’Esprit de Dieu s’exprime à travers ce livre.
Enfin, malgré ses limites, nous devons remercier le Dr Jacques Rhéaume pour ses recherches et l’écriture de « Analyse d’un texte révélé : Le Livre d’Urantia ». La recherche critique est une étape importante dans l’acceptation académique et sociale du Livre d’Urantia comme source digne d’étude. Lorsqu’un ouvrage acquiert une certaine respectabilité scientifique, c’est un bon signe qu’il finira par attirer une plus large attention dans les canaux institutionnels traditionnels de la société. Si cette exposition suscite des réactions positives dans la reconnaissance de la vérité spirituelle, sa place dans l’avenir de la société est assurée. Je suis convaincu qu’avec le temps, Le Livre d’Urantia deviendra la « pierre de touche spirituelle » de la planète.
Il est important que nous nous préparions psychologiquement et intellectuellement à une évaluation scientifique du Livre d’Urantia. Plutôt que de laisser les théologiens et les écrivains de notre culture signaler les erreurs et les divergences dans le Livre d’Urantia, nous devrions les documenter nous-mêmes. Nous devrions envisager des hypothèses quant à la manière et aux raisons de ces erreurs et divergences. Nous devrions mettre à la disposition des érudits la liste des légères modifications apportées au texte par la Fondation de temps à autre. Enfin, nous devrions rechercher et documenter les sources humaines utilisées par les auteurs du Livre d’Urantia.
Par-dessus tout, soyons clairs : la valeur du Livre d’Urantia ne dépend pas d’une doctrine littérale d’infaillibilité. Sa véritable valeur réside dans ses perspectives élargies et approfondies sur la Réalité spirituelle. Aucune analyse des erreurs ou divergences bibliques, scientifiques, historiques et logiques n’a beaucoup de pertinence par rapport au but et au message centraux du livre : l’amélioration spirituelle et le salut de l’humanité. Heureusement, cette difficile leçon a déjà été apprise par le christianisme traditionnel et, espérons-le, elle n’aura pas à être réapprise par les étudiants de la Cinquième Révélation d’Époque. Au niveau fini, toute révélation comporte toujours des ambiguïtés qui exigent jugement et foi. Tel est le défi et la gloire particuliers des habitants d’Urantia !